les ouvertures

décembre 28, 2017 0 Par Rhéda Kaïd-Slimane

Buts de l’ouverture

Bien qu’une grande variété de coups puissent être joués dans l’ouverture, les buts qui les motivent sont les mêmes de façon générale. Le premier est évidemment d’éviter d’être maté ou de perdre du matériel, comme dans les autres phases du jeu. En supposant qu’aucun des deux camps ne fasse d’erreur manifeste, les buts principaux sont les suivants :

Le développement

L’un des buts principaux dans l’ouverture est de mobiliser les pièces sur des cases utiles où elles auront une influence sur le jeu. Les cavaliers sont souvent développés en f3, c3, f6 et c6 (parfois aussi e2, d2, e7 ou d7), et les pions e et d sont avancés de façon à pouvoir développer les fous (une autre possibilité est de les placer en fianchetto sur la grande diagonale, avec une manœuvre g3 et Fg2 par exemple). La rapidité de la mobilisation est capitale. La dame et les tours, que l’on appelle les pièces lourdes, ne sont pas centralisées dans un premier temps, elle le seront quand suffisamment de pièces légères et des pions auront quitté l’échiquier.

Le contrôle du centre

Au début de la partie, on ne peut pas savoir de quel côté les pièces seront le plus utile plus tard. Le contrôle des cases centrales permet cependant une meilleure mobilité des pièces d’une aile à l’autre, et aussi de réduire l’espace disponible de l’adversaire. La théorie classique veut que l’on obtienne le contrôle le plus efficace en occupant le centre avec des pions, idéalement avec des pions e4 et d4 pour les Blancs. Cependant, l’école hypermoderne a montré qu’il n’était pas toujours indispensable ou même intéressant d’occuper le centre de cette façon, et qu’un centre trop large pouvait faire l’objet d’attaques et même être démoli, compromettant la position. Un front de pions centraux n’a pas beaucoup de valeur à moins de pouvoir être maintenu durablement. Les joueurs hypermodernes ont préconisé le contrôle du centre à distance avec les pièces, la démolition du centre adverse et l’occupation ultérieure du centre. Ceci conduit à des ouvertures telles que la défense Alekhineavec une ligne telle que 1. e4 Cf6 2. e5 Cd5 3. d4 d6 4. c4 Cb6 5. f4 (l’attaque des quatre pions), les Blancs ont un centre de pions impressionnant pour le moment, mais les Noirs comptent bien s’y attaquer, laissant la position blanche vulnérable.

La sécurité du roi

Le roi est vulnérable au milieu de l’échiquier. Des mesures doivent être prises pour réduire son exposition. Il est donc courant que l’on roque dans l’ouverture (ce qui développe aussi la tour), ou, si ce n’est pas possible, d’amener le roi vers le coin de l’échiquier par une série de manœuvres (roque artificiel)

La prévention ou la création de faiblesses

La plupart des ouvertures évitent soigneusement la création de faiblesses dans la structure de pions telles qu’un pion isolé, des pions doublés, un pion arriéré, des îlots de pions, etc. D’autres ouvertures compromettent le succès en finale pour obtenir une attaque rapide sur le camp adverse. Quelques ouvertures déséquilibrées pour les Noirs font usage de ce principe, comme la défense hollandaise ou la défense sicilienne, tandis que d’autres, telles la défense Alekhine et la défense Benoni incitent l’adversaire à avancer et à créer des faiblesses de pions. Certaines ouvertures acceptent les faiblesses de pions en échange de compensation sous forme de jeu dynamique.

La coordination des pièces

En mobilisant ses pièces, le joueur tente de s’assurer qu’elles contribuent harmonieusement au contrôle des cases-clés.

En outre, d’autres plans stratégiques utilisés dans le milieu de partie peuvent aussi être efficaces dans l’ouverture. Citons la préparation de percée de pions pour créer du contre-jeu, la création de faiblesses dans la structure de pions adverse, la prise de contrôle de cases-clés, les échanges favorables de pièces légères (garder la paire de fous par exemple), l’obtention d’un avantage d’espace au centre sur les ailes.

De façon plus générale, de nombreux auteurs (par exemple Reuben Fine dans Les idées cachées dans les ouvertures d’échecs) sont d’avis que la mission des Blancs dans l’ouverture est d’exploiter l’avantage du trait initial dans l’ouverture en le transformant en avantage, tandis que les Noirs cherchent à égaliser. Il existe cependant beaucoup d’ouvertures où les Noirs obtiennent une chance de jouer agressivement pour un avantage dès le début.

Pour le maître international Jeremy Silman, le but de l’ouverture est de créer des déséquilibres dynamiques entre les deux camps qui vont déterminer le type de milieu de jeu et les plans stratégiques choisis par chacun des joueurs5.

La transition entre l’ouverture et le milieu de partie n’est pas clairement établie, mais on considère généralement que la fin du développement ou le roque sont des indicateurs raisonnables. Depuis l’avènement des échecs modernes et le développement exponentiel de la théorie, l’ouverture est une phase extrêmement étudiée par les joueurs et les analystes. Les joueurs de compétition connaissent tous des séquences de parfois plusieurs dizaines de coups.

 I   A  Les débuts dits « ouverts » permettent un développement rapide (en ouvrant notamment la voie au fou roi et à la dame) et tentent une conquête territoriale (avancée de deux cases). Ils débouchent donc généralement sur un jeu tactique où la confrontation intervient rapidement7. Bien qu’il ne leur soit pas réservé, c’est le type d’ouverture favorisé par les débutants car les plans sous-jacents sont généralement assez limpides.

Il y a peu de transpositions car les Blancs sont, dans beaucoup d’ouvertures, en mesure de forcer la réponse noire. Tant que les Noirs sont en mesure de maintenir le pion central, ils ont peu à craindre. Les Blancs s’efforcent donc souvent de jouer de façon agressive pour faire disparaître le pion en e5, soit par f4 soit par d48. Les Noirs ont des possibilités de contre-attaque si leur adversaire reste timoré. Un autre objectif fréquent des Blancs est de contrôler la seconde case-critique d5, le coup …d7-d5 étant généralement un coup libérateur pour les Noirs dans les débuts ouverts.

 

La partie espagnole est une ouverture du jeu d’échecs. Elle est également appelée Ruy Lopez   Elle n’est devenue populaire que vers le milieu du xixesiècle, après que le théoricien russe Carl Jaenisch en a publié l’analyse. Tout en étant l’une des ouvertures les plus anciennes du jeu  la partie espagnole est maintenant l’une des plus populaires. Elle comporte un grand nombre de variantes et forme aujourd’hui un corpus gigantesque. L’espagnole est constituée par les coups :        1°   e4 ;  e5         2°     Cf3 ; Cc6     3°   Fb5

Dans son livre Les idées cachées dans les ouvertures d’échecs (1943), Reuben Fine avance que la partie espagnole est le plus fort début ouvert à la disposition des Blancs. En effet, c’est celui qui introduit le contrôle le plus durable sur la case d5 (dans la ligne principale, les Noirs ne jouent pas 8…d7-d5 mais …d7-d6 et laissent le pion là durablement pour soutenir le pion e5).

Dans la ligne principale, les Noirs mettent très longtemps à égaliser (ne plus subir le handicap lié au fait de ne pas avoir le trait). D’ailleurs, c’est historiquement lorsque la partie espagnole s’est popularisée que, du fait de la « torture espagnole » engendrée par cette ouverture, les débuts semi-ouverts (où les Noirs répondent autre chose que 1…e5 à 1. e4) ont pris leur essor.

 Si presque tous les champions du monde ont joué significativement la variante Tchigorine, tous sauf Wilhelm Steinitz ont pratiqué abondamment la partie espagnole avec les Blancs ; on peut citer parmi les plus emblématiques de ce côté-ci de l’échiquier Bobby Fischer et Anatoli Karpov.
La partie écossaise débute par les coups 1. e4 e5      2. Cf3Cc6 

3.d4  L’avancée d4 du pion blanc au troisième coup a pour but d’ouvrir le centre, 3…exd4 étant le meilleur coup à la disposition des Noirs. Le « début écossais1 » se poursuit par 3… exd4 

Comme l’ouverture écossaise pose relativement peu de difficultés aux Noirs pour égaliser, on ne la rencontre qu’occasionnellement dans les grands tournois.

4. Cxd4 mais les Blancs peuvent aussi choisir de sacrifier le pion d4 pour une mobilisation plus rapide par 3…exd4

4. c3, qui est le gambit Göring (voir analyse ci-dessous), ou par 3…exd4

4. Fc4, qu’on appelle gambit écossais. Cette dernière ligne peut transposer dans l’Attaque Max Lange, qui conduit à de grandes complications, par 4. Fc4 Cf6 5. 0-0 Fc5 6. e5. Le gambit écossais peut également transposer dans la défense des deux cavaliers par 4. Fc4 Cf6 5. e5 ou dans la partie italienne par 4…Fc5 5. c3 Cf6 6. cxd4 Fb4+.

Le coup 3. d4 ne conduit donc pas toujours à une partie écossaise proprement dite.

 

La partie italienne est une ouverture du jeu d’échecs qui s’obtient après les coups 1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4 Fc5 (l’ordre des coups peut varier). Les Noirs y cherchent juste à maintenir l’équilibre, contrairement à la défense des deux cavaliers(caractérisée par les coups 1. e4 e5 2. Cf3 Cc6 3. Fc4 Cf6), où ils contre-attaquent dès le troisième coup. La partie italienne compte parmi les ouvertures les plus anciennes; elle fut déjà analysée par Pedro Damiano dans son livre publié à Rome en 1512. Cette ouverture est très employée par les débutants, mais les grands maîtres lui préfèrent la Sicilienne.

La défense russe, que l’on nomme aussi défense Petrov, est une ouverture du jeu d’échecs. Elle s’obtient après les coups 1.e4 e5 2.Cf3 Cf6.

Connue depuis la Renaissance, cette défense a été particulièrement analysée par l’un des fondateurs de l’école d’échecs de Saint-PétersbourgAlexandre Petrov (1794-1867). Au premier abord, elle semble être une contre-attaque virulente, mais en fait, elle est réputée pour aboutir, à haut niveau, à des nulles rapides. Elle peut cependant se révéler piégeuse. Elle est souvent utilisée par des joueurs recherchant, avec les noirs, des positions solides, avec généralement la nulle pour objectif, comme, au plus haut niveau, l’ancien champion du monde Vladimir Kramnik et l’Israélien Boris Gelfand.

La défense Philidorest obtenue (dans son ordre de coups traditionnel) par les coups 1.e4 e5 2.Cf3 d6. La défense Philidor est réputée solide, mais assez passive.  A partir des années 1990, la possibilité d’utiliser l’ordre de coups de la défense Pirc est explorée par quelques joueurs de haut niveau, comme Étienne Bacrot ou Liviu-Dieter Nisipeanu. D’autres joueurs de haut niveau y recourent lorsqu’ils ne veulent pas employer leur répertoire d’ouvertures normal, par exemple par crainte d’une préparation adverse. C’est le cas d’Alexander Morozevich et de Maxime Vachier-Lagrave.

De nos jours, la défense Philidor est rarement jouée à haut niveau dans l’ordre de coups originel à cause de la variante 1.e4 e5 2.Cf3 d6 3.d4 Cf6 4.dxe5 Cxe4 5.Dd5!, qui donne l’initiative aux blancs1.

Elle est donc généralement obtenue par transposition à partir de la défense Pirc : 1.e4 d6 2.d4 Cf6 3.Cc3 Cbd7 4.Cf3 e5.

Dans la pratique moderne, la variante généralement jouée est 1.e4 d6 2.d4 Cf6 3.Cc3 Cbd7 4.Cf3 e5 5.Fc4 Fe7 6.0-0 0-0 et la partie est revenue dans la variante Hanham de la Philidor, qui en est la variante principale.

I B   Débuts semi ouverts (les noirs ne répondent pas par 1 ; …e5  les Noirs rompent la symétrie dès leur premier coup. Ils acceptent d’adopter (temporairement) une structure de pion moins favorable dans le but d’obtenir, à plus ou moins long terme, une rupture et donc une liquidation du centre par des échanges de pions centraux.

  1. Les Noirs font pression par un pion sur d4
    1. Défense sicilienne (1… c5), l’ouverture la plus jouée à haut niveau contre 1. e410
  2. Les Noirs font pression par un pion (1… d5 ou 2… d5) sur e411
    1. Défense française, très populaire à tous les niveaux de la compétition12
    2. Défense Caro-Kann, réputée être l’une des défenses les plus solides13

La défense sicilienne

une des ouvertures les plus jouées du jeu d’échecs. Populaire auprès des joueurs de tous niveaux.  Elle appartient aux débuts semi-ouverts et est très utilisée face au coup blanc 1. e41.  elle s’impose dans tout répertoire d’ouvertures d’un joueur de première catégorie. De très nombreuses variantes sont étudiées sur le plan théorique   .

L’idée principale de la défense sicilienne est d’opposer à l’avantage d’espace des blancs au centre et à l’aile roi, un contre-jeu actif à l’aile dame, retardant souvent le petit roque. Depuis plusieurs décennies, elle est très populaire, car elle offre aux noirs de réelles chances de gain sans devoir se contenter de l’égalisation, tandis que d’autres ouvertures, comme la défense russe, limitent certes les chances des blancs, mais offrent moins de perspectives de victoire aux noirs également. La sicilienne conduit à un jeu très dynamique, et offre des possibilités de victoire aux deux camps.

La variante du dragon ou Sicilienne dragon ou simplement le dragon1 est une ouverture du jeu d’échecs.

C’est une variante extrêmement tranchante de la très populaire défense sicilienne.  La variante du dragon est étudiée très en profondeur par la théorie. Aujourd’hui, sans être abandonnée, elle est relativement peu jouée à haut niveau, et les avis à son sujet sont presque aussi tranchés que les parties auxquelles elle donne lieu.

La variante du dragon s’obtient par :  1. e4 c5      2.Cf3 d6     3.d4 cxd4                                                                                                     4.Cxd4 Cf6                5.Cc3 g6.

La défense française   commence par les coups 1.e4 e6. Elle se poursuit généralement par 2.d4 d5, qui constitue la partie française. .

Très populaire à tous les niveaux de la compétition1, elle doit notamment cette popularité selon le maître B. Zlotnik2, au fait qu’à la différence de la défense sicilienne, la défense française ne demande pas de connaître les variantes d’une manière trop concrète (ces dernières étant rarement des coups forcés), mais que les idées stratégiques (l’appréciation positionnelle) y prennent le pas sur la tactique. Selon Fred Reinfeld3, elle est aussi plus portée sur la contre-attaque que la défense Caro-Kann, tout en étant moins risquée que la défense sicilienne.

L’idée principale des noirs dans la défense française est de contester la domination du centre par les blancs en installant un pion en d5, soutenu par le pion e6, et en attaquant le pion d4 par la poussée c7-c5.

Les noirs souffrent cependant du désavantage stratégique d’avoir enfermé leur fou des cases blanches en c8 derrière les pions e6 et d5. Face à cette pression, les blancs ont plusieurs options: soit maintenir la tension (par 3.Cc3 ou 3. Cd2), soit pousser le pion e4 en e5 (variante d’avance), soit encore échanger en d5 (variante d’échange). Les Blancs jouissent généralement d’une plus grande liberté d’action que les Noirs dans la défense française4.

La défense Caro-Kann est une ouverture aux échecs qui se caractérise par les coups 1. e4 c6. Elle fait partie des débuts semi-ouverts, où les Noirs répondent à 1. e4 autre chose que 1… e5. Elle est utilisée par les joueurs qui recherchent d’abord la sécurité, comme le conseillait le champion du monde Tigran Petrossian pour les Noirs. De fait, la défense Caro-Kann est réputée être l’une des défenses les plus solides contre 1. e4 et elle permet généralement un meilleur développement du Fou c8 que la défense française. Elle convient parfaitement aux joueurs des Noirs positionnels qui n’ont pas peur des parties nulles, à l’instar de l’ex-champion du monde Anatoli Karpov.

 

 

 

Les débuts fermés (1.d4 d5)    sont traditionnellement considérés comme menant à des parties plus positionnelles durant lesquelles l’affrontement est indirect, chaque joueur cherchant à mettre en place une structure optimisée plutôt qu’à obtenir un gain matériel ou territorial à court terme.

On retrouve la symétrie des jeux ouverts (1. e4 e5) et donc les mêmes idées générales de part et d’autre. Mais les pions dame avancés de deux pas restent protégés, alors que les pions roi ne l’étaient pas. C’est cette différence fondamentale qui fait que la quasi-totalité des parties se poursuit par le Gambit dame 2. c4, attaque de flanc par un autre pion visant à éliminer le pion central noir. La notion de gambit pour cette ligne est erronée car la pratique montre qu’après la prise du pion c4, les Noirs doivent rendre le pion sous peine de subir une position très défavorable.

  1. Gambit dame (1. d4 d5 2. c4 …)
    1. Gambit dame accepté : les Noirs jouent …d5xc4, comme dans certaines variantes de la défense slave et de la défense semi-slave

Les débuts semi-fermés (1.d4, lorsque les Noirs ne répondent pas 1… d5)

Là encore, les Noirs rompent la symétrie. Cet ensemble d’ouvertures a été prôné par l’école hypermoderne. Il évoque souvent la vieille pratique des échecs indiens (d’où le terme de défenses indiennes commençant par 1…Cf621), lesquels ignoraient l’avance initiale des pions de deux cases. L’objectif, pour les Noirs, est de contrôler le centre à distance sans l’occuper. Ils ne peuvent toutefois permettre aux Blancs d’installer un centre puissant et c’est la raison pour laquelle la suite courante est 1…Cf6, empêchant l’immédiat 2.e4.

Ces ouvertures sont relativement complexes à traiter, et les transpositions y sont fréquentes.

  1. Les Noirs contrôlent e4 sans occuper d522 (par …f5 ou … Cf6 avec … Fb4 ou … Fb7)
    1. Défense hollandaise (1… f5)
    2. Défense nimzo-indienne
    3. Défense ouest-indienne
    4. Défense Bogo-indienne
  2. Les Noirs font pression sur d423 par …e5, …c5 ou …Cc6
    1. Défense Grünfeld et Défense est-indienne (2. c4 g6)
    2. Défense vieille-indienne (2. c4 d6, suivi de …e5)

La défense nimzo-indienne  fait partie des ouvertures semi-fermées . Très populaire, elle se caractérise par les coups 1.d4 Cf6  2.c4 e6  3.Cc3 Fb4.

Selon Euwe1, la première apparition notoire de cette défense date du tournoi de Saint-Pétersbourg de 1914, où Alexandre Alekhine l’utilisa contre Akiba Rubinstein. Elle a été élaborée dans les années 1920 par le courant hypermoderne, en particulier par le grand maître Aaron Nimzowitsch.  Richard Reti : « la différence essentielle entre la défense Indienne et 1…d5 réside dans l’élasticité de la position des pions noirs. Par exemple, si les Blancs font des efforts immédiats pour se créer de nouveaux points forts sur cases blanches et forcer e4, les Noirs ne sont pas obligés de persister dans leur plan, mais doivent s’adapter à la nouvelle situation et se concentrer cette fois sur les cases noires pour jouer d6 et e5. Ils ont là un avantage sur l’ancienne défense Tchigorin en ce que leur Fou Roi est déjà en b4 et peut être échangé contre le Cavalier c3 au lieu d’être enfermé à l’intérieur d’une chaîne de pions »

La défense hollandaise est une ouverture au jeu d’échecs très risquée pour les noirs s’ils ne connaissent pas bien la théorie1. Elle peut se révéler une excellente réponse à 1. d4 et se caractérise par le coup …f5 joué (au premier coup ou plus tard, par exemple après 1…e6) en réponse à 1. d4.

C’est une défense déroutante qui par effet miroir rappelle la défense sicilienne. Mentionnée dans un traité anonyme édité à Paris en 1775, elle a fait l’objet en 1789 d’une analyse systématique de la part du théoricien hollandais Elias Stein (1748-1812)2. Elle acquiert une renommée internationale grâce à Saint-Amant qui l’utilise pour vaincre son rival anglais George Walker en 1836. Elle subit une période de disgrâce à la charnière des années 1900, coïncidant avec le règne de Steinitz. Elle est réhabilitée à partir des années 1920 dans l’esprit des idées hypermodernes, notamment par Alekhine et TartakoverMikhaïl Botvinnik l’a pratiquée avec grand succès.

Elle est constituée par trois grandes lignes :

  • la variante Stonewall (« mur de pierres » en anglais) avec …e6, …d5 et …c6 ;
  • la ligne classique avec …e6 et …d6 ;
  • la variante Leningrad avec …g6 et …Fg7.

La défense Grünfeld est créée par le joueur autrichien Ernst Grünfeld (1893-1962). Elle s’obtient après les coups 1.d4 Cf6 2.c4 g6 3.Cc3 d5 (l’ordre des coups peut varier, ce qu’on appelle une transposition). C’est une ouverture dynamique qui mène à de grandes complications.

la partie catalane combine le fianchetto Fg2 avec le duo de pions blancs d4 et c4. Jouer cette ouverture avec les Blancs permet d’éviter aussi bien la défense nimzo-indienne que la défense ouest-indienne. La partie catalane s’obtient après 1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.g3.

Selon Raïetsky et Tchétverik, la partie catalane est un « gambit dame refusé avec le fou blanc du roi en fianchetto […] où le conflit de pions est obligatoire »1.

Les ouvertures de flanc (coups initiaux autres que 1. e4 ou 1. d4)

Il s’agit d’ouvertures où les Blancs appliquent pour eux-mêmes les principes de contrôle du centre à distance de l’école hypermoderne. Les possibilités de transpositions sont encore plus importantes si les Noirs dans leur réponse adoptent les mêmes principes. Au contraire, les Noirs peuvent prendre possession du centre, ce qui conduit souvent à des ouvertures familières avec les couleurs inversées : sicilienne inversée (1. c4 e5) ou hollandaise inversée (1. f4 d5) ou indienne inversée (1. Cf3 d5)… .

 

L’ouverture anglaise ou partie anglaise débute par le coup 1. c4.

Par le coup 1.c4, les blancs montrent leur intention de contrôler la case d54. L’idée principale est de jouer au centre ou à l’aile dame en construisant une position à partir de la case d54. Ce contrôle sur d5 sera renforcé en plaçant le cavalier en c3, ainsi que, souvent, en réalisant la poussée g3 pour placer le fou de cases blanches en fianchetto en g24. Il est aussi possible de jouer e44. Le but est le positionnement d’un cavalier en d5 qui devient « une épine irritante dans le camp des noirs4. »

Lors de l’utilisation d’un fianchetto, le roi blanc effectue en général un petit roque pour assurer sa sécurité5. Le fou g2 contrôle d5 mais vise aussi, à l’aile dame, les cases c6 et b75. Les blancs peuvent alors tenter de gagner de l’espace de ce côté en jouant b4-b5, en échangeant éventuellement le pion a, ce qui peut leur permettre de contrôler la colonne A. Ce coup permet en outre d’éviter que le cavalier d5 soit délogé par c6. L’échange éventuel du cavalier d5 peut être compensé par un jeu avec les pièces majeures sur la colonne C alors ouverte ou semi-couverte5.

Si les blancs visent ainsi une attaque à l’aile dame, les noirs peuvent pendant ce temps avancer à l’aile roi5. Le roi blanc peut alors paraître vulnérable dans cette situation, mais elle peut déboucher sur un gain positionnel à l’aile dame entrainant une attaque sur le roi noir5. Cette situation n’est néanmoins viable pour les blancs que dans le cas d’une position fermée, sans échange de pions au centre5. Avec un centre ouvert, si les noirs jouent d5 suivi de cxd5, le jeu sur les ailes sera plus limité pour les deux camps puisqu’il est connu qu’une attaque sur les ailes peut être réfutée efficacement par une action au centre5.

Par ce coup, les Blancs contrôlent le centre (la case d5). Après 1. c4, les transpositions dans d’autres ouvertures comme la Caro-Kann ou la Slavela Hollandaise, le Gambit dame refusé, des ouvertures indiennes (1. d4 Cf6 2. c4), la Partie catalane ou le Début Réti sont fréquentes.

Les réponses 1…e5 et 1…c5 donnent plutôt lieu à des développements propres à l’Anglaise, avec des parties de louvoiement (surtout après 1…c5, et notamment ce qu’on appelle le système hérisson). Les Blancs peuvent débuter par 1. c4 pour éviter certaines ouvertures comme la défense Grünfeld1 la défense nimzo-indienne (car les Blancs retardent ou s’abstiennent de jouer d4), le Gambit dame accepté, les défenses Benoni ou le Gambit Benko.

Le choix de cette ouverture n’est pas conseillé pour les débutants, qui n’ont pas un très bon sens positionnel2. L’Anglaise plaît particulièrement aux joueurs qui aiment quitter les sentiers battus2.

 

L’ouverture Bird (ou début Bird) est caractérisée par le coup 1.f4. Elle tire son nom du maître anglais du xixe siècle Henry Bird.

Selon ChessBase, chez les maîtres, 1.f4 est le sixième coup en popularité. Il est bien moins populaire que l’ouverture de flanc symétrique 1.c4 (l’ouverture anglaise) principalement parce que 1.f4 affaiblit quelque peu l’aile roi blanche. Un des rares grands maîtres à l’avoir employé régulièrement est le Danois Bent Larsen. 1.f4 est aussi fréquent aux parties du GMI Danielsen

La réponse la plus courante des Noirs est 1…d5, et le jeu peut prendre l’allure d’une défense hollandaise (1.d4 f5) avec les couleurs inversées. Les Blancs vont alors soit placer le fou roi en fianchetto avec Cf3, g3, Fg2 et O-O avec une structure comme une hollandaise Leningrad inversée, soit adopter une formation stonewall avec les pions en d4, e3 et f4 et tenter une attaque à l’aile roi, ou bien encore placer leur fou dame en fianchetto pour augmenter l’emprise sur la case e5. Une autre stratégie, par analogie avec la variante Iline-Jenevski de la défense hollandaise, consiste pour les Blancs à jouer e3, Fe2, O-O, d3 et à essayer de réaliser la percée e3-e4 de diverses façons, par exemple Ce5, Ff3, De2 et finalement e3-e4 ou simplement Cc3 suivi par e4.

Concernant la variante de “Hollandaise inversée”, le GMI Henrik Danielsen en a beaucoup peaufiné une variante dite “Système de l’Ours Polaire” (Polar Bear System). A noter que cette variante doit être prise au sérieux puisque le champion du monde actuel Magnus Carlsen l’a utilisée lors du London Chess Classic (décembre 2017) de façon victorieuse contre Michael Adams…

l’Attaque est-indienne (AEI, King’s Indian Attack, KIA en anglais) est un système d’ouverture pour les Blancs qui a notamment été utilisé par Bobby Fischer. L’attaque est-indienne est une ouverture fermée et stratégique qui offre au conducteur des Blancs une panoplie de thèmes et de tactiques et un milieu de partie confortable face à des défenses variées.

L’AEI est souvent utilisée contre les défenses semi-ouvertes où les Noirs répondent de façon asymétrique à e4, comme la défense sicilienne, la défense française, ou la défense Caro-Kann, mais pas contre la défense scandinave. Elle peut aussi être jouée contre les défenses fermées, souvent en débutant par 1.Cf3 et en plaçant le fou roi en fianchetto. Il est courant de transposer dans le début Réti, la partie catalane, l’ouverture anglaise et même le début Larsen (après b3 et Fb2).

L’ouverture ne consiste pas en une série de coups spécifiques, mais plutôt en un système qui peut être joué avec plusieurs ordres de coups. La plupart du temps, la formation est-indienne est accomplie par l’ordre de coups d3, Cd2, Cgf3, g3, Fg2, et O-O mais commence parfois par g3, Cf3 ou d3.

L’AEI est un miroir de la disposition des pièces adoptée dans la défense est-indienne. Cependant, grâce au tempo de plus des Blancs, la nature du jeu ultérieur est souvent différente de celle d’une est-indienne typique.

L’AEI est considérée comme une ouverture solide pour les Blancs, bien que moins ambitieuse que de nombreuses autres ouvertures. Elle est rarement utilisée à haut niveau, mais est populaire au niveau de club, parce qu’elle est plus facile à apprendre que d’autres ouvertures qui nécessitent la mémorisation de suites de coups pour éviter des positions perdantes.

Le plan le plus courant des Blancs consiste en la poussée e4-e5, créant un étau au centre, de l’espace à l’aile roi et de bonnes chances d’attaque contre un petit roque. Les ressources des Noirs ne doivent pas être négligées, comme l’espace à l’aile dame. Cette asymétrie conduit souvent à un violent milieu de partie et à des réseaux de mat avec sacrifice de pièces.

Ouvertures non orthodoxes

On appelle ouverture non orthodoxe ou irrégulière aux échecs la résultante d’un ou de premiers coups inhabituels joués par l’un ou l’autre camp.

Bien que certaines de ces ouvertures ne soient pas totalement mauvaises (il existe même des joueurs qui ont vaincu de forts adversaires en les utilisant), elles sont rarement jouées, pour diverses raisons :

  • elles sont trop passives pour les Blancs (1. c3, 1. d3, 1. e3, 1. Cc3),
  • elles affaiblissent inutilement l’aile roi (1. f3, 1. g4),
  • elles ne font rien pour le contrôle du centre (1. a3, 1. a4, 1. h3, 1.h4),
  • elles développent un cavalier sur une case non stratégique (1. Ca3, 1. Ch3).

Ouverture de l’orang-outang ou ouverture Sokolski1, ou encore ouverture polonaise, est caractérisé par le premier coup 1. b4. C’est une ouverture rare.  Xavier Tartakover, joueur français d’origine polonaise, joua ce coup pour la première fois à haut niveau au Tournoi de New York en 1924 et appela ainsi le début à la suite d’une visite au zoo du Bronx1.L’ouverture n’a jamais été populaire à haut niveau, bien que quelques forts joueurs l’aient employée occasionnellement (par exemple Richard Réti contre Abraham Speijer à Scheveningue en 19232 et Boris Spassky contre Vasily Smyslov en 19603).